►► Etape 1

ETAPE 1 : EN CHAMPAGNE

1. De Reims à Brienne-le-Château

Partie de Weislingen en train le lundi 7 juin, j’ai démarré mon périple de chez ma maman, à Reims, ma ville natale, le mardi 8 juin. Je devais être impressionnante car lorsque j’ai acheté mon pain, à la descente du train, le boulanger me l’a offert.
La première semaine s’annonce assez cool, car mon frère va cheminer avec moi pendant trois jours de Châlons-en-Champagne à Vitry-le-François. C’est une initiation pour lui et pour moi, c’est très confortable car il s’est occupé de la logistique. Il est également venu me chercher au terme de mes deux premières étapes à Vaudemanges et à Châlons afin que je dorme chez lui.
J’ai donc pu déguster la traversée des lieux de mon enfance en toute quiétude (malgré le poids du sac!).
La première balise au sol, place St Timothée, m’emmène le long de la basilique St Remy puis me fait descendre au Pont Fléchambault où passe la Coulée verte, le long du Canal de la Marne à l’Aisne. Une heure et demie plus tard, un petit coucou à St Leonard où habite mon autre frère. Puis Sillery où une dame en plein divorce me demande comment on fait pour aller seule sur les chemins. Longue conversation de 3/4 d’heure. On bifurque alors vers le coteau bien ensoleillé de Verzenay avec son moulin et son phare dominant une “mer de vignes”, hauts-lieux très fréquentés par la “bonne société” rémoise au début du XXème siècle.
Bonne surprise de Verzenay à Verzy: le chemin est en balcon mais ne passe malheureusement par la forêt des Faux, terrain de jeux du temps jadis, maintenant dûment balisé et protégé. Quelles belles parties de cache-cache sous la ramure de ces arbres biscornus! Pour finir cette étape de 27 km, descente sur Vaudemanges.

Nuit chez mon frère et cap sur Condé-sur-Marne, par le chemin de halage. La particularité de Condé est d’être à la jonction du Canal de la Marne à l’Aisne et du Canal de la Marne au Rhin. Il fait chaud mais je me sens légère car je n’ai pris que mon repas de midi et de l’eau dans un petit sac à dos. Le sac de rando est resté chez mon frère puisque je dors encore chez lui. Après un passage à travers champs et sous-bois, je retrouve le Canal de la Marne qui m’emmène à Châlons par la jolie rue de la Porte de la Marne, bordée sur sa gauche par la susnommée rivière. (26km)

Le lendemain, c’est le grand jour à deux. Ça part, sous un beau soleil, par les bords ombragés de la Marne. On traverse, à plat, beaucoup de champs et le balisage n’est pas toujours évident. Cette petite étape de 14 km qui doit nous mener à Saint-Germain-la-Ville a été plus rapide que prévu puisqu’on ne devait arriver que vers 17 heures. Nous avons donc dû faire une grande pause de trois heures au bord du canal. Au repas du soir, nous étions à la table de deux techniciens de destruction thermique d’insectes dans les moulin de la région. Soirée instructive.

De Saint-Germain-la-Ville, nous passons par Pogny, le long du canal et rencontrons à la Chaussée-sur-Marne notre premier Romieux: René. J’apprendrai par la suite qu’il a 76 ans, va à Rome, passe trois nuits sous tente et une nuit en gite…
Sur le chemin, le soleil est toujours insoutenable, lunettes et chapeau sont indispensables, et le petit vent qui éventuellement pourrait nous rafraîchir vient de derrière. Huit kilomètres dans les champs et nous arrivons à St Amand-sur-Fion dans une chambre d’hôte tenue par Monsieur le maire dans sa grande maison familiale.

On commence à voir les fameuses maisons champenoises à pans de bois. St Amand-sur-Fion est un petit village coquet, bien aménagé avec sa halle et sa mairie rénovées, son église romane remaniée gothique et un superbe jardin public avec coins pique-nique et petites passerelles. Il a aussi son festival de musique au titre humoristique.

Le lendemain, toujours cette grosse chaleur, chemin un peu vallonné avec son point culminant: le Mont de la Fourche (208m), offrant une vue à 360° sur la région de Vitry-le-François. Le cheminement n’est pas très agréable car nous marchons dans le vignoble sur des chemins blancs et caillouteux, aveuglants dans le soleil. Petite errance en descendant sur Vitry-le-François car nous avons voulu couper à travers champs. Finalement, nous nous sommes quittés un peu bêtement, à la sortie de Vitry, sur un parking d’un “Point chaud” qui curieusement et sans raison apparente était fermé ce jour-là. Nous avons donc tiré du sac pilchards, sardines et pain. Après quoi, mon frère est allé prendre son train et moi, j’ai continué bien bravement sur Courdemanges, où je devais passer ma première nuit sous ma tente. Finalement, les agriculteurs Patricia et Pascal, m’ont installée chez eux pour le repas et la nuit. Amateurs de théâtre parisien, ils sont capables de partir sur Paris pour une soirée; ils sillonnent également les routes avec leur camping-car, notamment pour aller acheter leurs choux à choucroute à Krautergersheim. Bien entendu, à l’apéro, j’ai eu l’honneur du ratafia maison à l’eau de vie… (22km)

Dimanche, je chemine seule vers Outines dans la région du Lac du Der, si proche, que l’on se promet toujours de visiter ce qu’on ne fait jamais parce qu’on est persuadé qu’on aura toujours l’occasion de le faire un jour. En quittant Courdemanges, je passe par le Mont Moret. Je m’en vais plus précisément à La Pierre “Au Milieu de Nulle Part”, une chambre d’hôte tenue par Chantal. La campagne est toujours plate, il y a parfois plus d’ombre mais aussi des moustiques. Petit désagrément juste avant le gîte, une végétation exubérante (ronces, orties, hautes herbes) cachent les balises et de profondes ornières où je suis tombée dans de l’eau croupie. J’ai beaucoup apprécié l’appli Via Francigena téléchargée dans mon smartphone pour vérifier mon chemin.
Bien entendu, vu mon état, lessive complète en arrivant, intérieur des chaussures compris

Sur les conseils de Chantal, j’ai décidé de faire une petite infidélité au parcours officiel pour emprunter le parcours des églises à pans de bois. La première et la plus grande se trouve à Outines dans un village avec beaucoup de maisons typiques de ce genre champenois.
Puis je quitte la Marne à Outines et arrive dans l’Aube à Bailly-le-Franc puis Lentilles, Villeret, Hampigny, Vallentigny. Tous ces villages ont leur église caractéristique, heureusement entourée de leur cimetière, point très important pour le ravitaillement en eau potable ( il fait plus de 30°!). L’arrivée à Brienne-le-Château se fait en passant par des champs de choux à choucroute!
La journée a été riche mais également pénible physiquement et je décide de renvoyer ma tente dès le lendemain. Nuit dans un accueil pèlerin tout en effervescence pour cause de réouverture.

Le film de l’étape 1a
de Reims à Bienne-le-Château
(diaporama automatique)

 

2. De Brienne-le-Château à Culmont

Petite étape, car à Brienne-le-Château, il faut attendre l’ouverture de la poste pour envoyer ma tente. Petit tour dans le village marqué par la présence de Napoléon à trois reprises. L’école militaire (le château) où il a fait ses classes à dix ans a qui a été reconverti en établissement de soins psychiatriques.
À 10 heures, je quitte le bourg par une grande allée ombragée, des sous-bois cavaliers et une variété de paysages marqués par quelques traces napoléoniennes et d’histoire locale croustillante.
À Unienville, belle rue ornée de maisons à pans de bois colorées.
Pendant tout ce temps, j’essaie de joindre la commune d’Amance pour le gîte du soir. Sans succès! Une fois arrivée sur place où j’ai une petite pensée pour Frank, notre garagiste de Weislingen, je finis, après maintes péripéties, à me poser pour la soirée.

D’Amance à Bar-sur-Aube (24km)
Départ à 6h45, j’ai failli me tromper, car, cela arrive souvent dans la région, il y a plusieurs GR et cela porte à confusion. Enfin, ce matin, il y a du relief et du sous-bois mais aussi une grande partie goudronnée et à travers champs. La marche est un peu pénible car dans les champs, l’herbe est certes coupée mais s’amoncelle en grands paquets autour des chaussures. J’ai « loupé » une balise et je me suis retrouvée sur la route menant à Dolancourt. Belle descente sur le village qui abrite Nigloland, un parc d’attraction. Au centre, mignonne petite rivière et moulin du Landrion puis remontée assez abrupte, il faut se réhabituer! Il y a du dénivelé, les quelques côteaux barsuraubois (baralbins) apparaissent et après une grande descente, arrivée à Bar-sur-Aube, belle petite ville en travaux mais possédant un beau patrimoine architectural. Accueil à la Maison paroissiale où l’hospitalière m’informe de l’impraticabilité de la première partie du chemin demain à cause de travaux d’abattage.

De Bar-sur-Aube à Cirfontaines-en-Azois (24km)
Départ à 7 heures par la route ombragée jusqu’à Fontaines, un peu moins sur la route vers Baroville. Là, un papa menant son fils à l’école me conseille vivement de remplir ma gourde car pendant 10 km je ne rencontrerai pas de point d’eau. Le soleil est déjà bien présent, le relief dans les derniers côteaux de Champagne aussi. Cap sur Clairvaux par un beau sentier en montagne russe. Arrivée à Clairvaux à 10h45: pas de chance, la visite commençait à 10h30 et comme l’abbaye a été transformée en prison par Napoléon, je n’ai pas pu, par mesure de sécurité, rattraper le groupe. Pause dans la salle détente puis c’est reparti pour 11 km de montagne russe. Chaleur écrasante, ciel orageux. Belle descente à travers prairies sur Cirfontaines-en-Azois et ses remarquables maisons en pierres. Accueil pèlerin avec donativo où Myriam m’informe qu’à partir de là, deux voies sont possibles : 1/ la traditionnelle passant par Châteauvillain, plus pratique pour le ravitaillement et l’hébergement 2/ l’authentique Voie de Sigéric pasant par Bricon (ravitaillement), Blessonville beaucoup moins bien pourvue. Myriam qui fait partie de l’Association pour la vraie voie tient évidemment beaucoup à ce que je la prenne et on trouve un arrangement pour le lendemain.

De Cirfontaines-en-Azois à Bricon (voiture 8km) et de Bricon à Faverolles (33km)
7 heures du matin, nous prenons la voiture jusqu’à l’épicerie de Bricon en suivant scrupuleusement le tracé de Sigéric. Achat sommaire: pain, fromage (pas grand choix). Prise de congé de Myriam, puis me voilà engagée sur la voie de Sigéric avec balisage aléatoire et pas très bien entretenue pour aller à Blessonville. Traversée de champs de petits pois puis alignements de belles salades. Les maisons sont toujours aussi superbes et les parterres de fleurs embaument dans cette région qu’on peut qualifier de zone blanche: pas de gîte, pas de bar, pas de commerce rien!). J’ai loupé une bifurcation et j’ai continué par la route qui traverse l’A5 par trois fois. La chaleur et le soleil sont toujours là, à la limite orageux mais il y a quand même un petit vent. Quelques croix haut perchées défiant l’équilibre en arrivant sur Leffonds et son beau lavoir; le producteur de fraises remplit ma gourde et m’offre de belles fraises bien sucrées, un délice! Puis enfilade de chemins en plein champ alterné de sous-bois. Belle montée au gîte de Faverolles en me fiant à ma bonne étoile puisque je n’avais pas réussi à réserver. Pas de chance, week-end, tout est complet! Je sollicite donc le maire qui met l’entrée de la mairie avec toilettes attenantes à disposition pour la nuit. Heureusement que je n’ai pas renvoyé mon petit matelas ! Pour me promener, je suis tout de même allée voir le mausolée gallo-romain à 2 km de là. Déception: il n’y a pas grand-chose à voir.

De Faverolles à Langres (25km)
Départ à 6h30 d’abord à travers champs mais il fait frais et ça avance bien. De belles exploitations agricoles surtout d’élevage de vaches laitières. Du sous-bois et un beau petit relief pour arriver à Saint-Martin-lès-Langres avec une vue plongeante magnifique sur le Lac de Mouche et son barrage. Et là, c’est le début d’un petit enfer avec des descentes jusqu’en vallée et de belles remontées parfois dans des coins très bucoliques. Le pire a été la descente pendant 1,5km avant Langres et la remontée idoine jusqu’au presbytère où je me fais ouvrir une chambre rien que pour moi. René est déjà là ainsi qu’un travailleur d’Emmaüs. Petite visite de cette ville entourée de remparts en fin d’après-midi et repérage du chemin de départ pour le lendemain.

De Langres à Culmont (24km)
Nuit bruyante, gros orage, couvre-feu non respecté, motos pétaradantes dans cette rue du centre qu’on imaginerait bien piéton. Départ équipé de sur-sac et guêtres, cette journée s’annonçant sous le signe de l’eau. Descente vers le Lac de la Liez, belle base nautique visible depuis les remparts de Langres. Mais auparavant, le long du Canal Champagne/Bourgogne, rencontre avec Kate qui sort la tête de sa mini-péniche. Elle me dit être «femme» du voyage, habite sa péniche et navigue à longueur d’année. Un peu bloquée en Belgique à cause du Covid mais, sinon quand il ne faut pas plonger dans le canal pour libérer les hélices des nombreuses algues qui l’encombrent, tout va bien ! Au Lac de la Liez, pluie et cheminement sous parapluie. Dommage! Après Montlandon, les choses se compliquent. Culmont n’est indiqué nulle part sur les balises, juste Torcenay. Après vérification sur l’appli, c’est la bonne direction mais quelle galère, chemin glissant, gros arbre tombé sur le chemin, et au moins pendant 500m, une forêt vierge jusqu’à la tête d’orties, de ronces et de hautes herbes, d’absence de traces et de chemin et les …moustiques! J’ai appelé au moins trois fois le gîte pour m’assurer de la direction. Arrivée très décevante dans un village-rue, un gîte équestre en perte d’activité, pas grand-chose à manger dans mon sac et rien dans les placards.

Le film de l’étape 1a
de Bienne-le-Château à Culmont
(diaporama automatique)

Fin de l’étape 1         >>> vers l’étape 2