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ETAPE 6 : ITALIE

LA TOSCANE #1: De Fornovo-Pontremoli à Sienne

De Fornovo à Sarzana (29km à pied en une journée de 14h)
Quelle drôle de journée que ce vendredi 13 août! Suite à nos tentatives ratées pour trouver un hébergement au Col de la Cisa et vu l’état des pieds de Ferdinand, nous décidons de faire l’impasse de cette étape, nous prenons alors le train de Fornovo à Pontremoli. Arrivée peu glorieuse en Toscane!
La sortie de Pontremoli, d’abord saturée par les gaz d’échappement, s’avère ensuite pittoresque dès que nous nous échappons de la route pour la surplomber. Belles églises et rues tortueuses un peu comme en Corse.
Puis, quelques grimpettes nous permettent d’admirer de jolis panoramas. Arrivés à La Pieve di Sorano, nous commençons à nous préoccuper du gîte. Nous nous heurtons encore à des refus (complet ou fermé).
Même le patron du bar prend la situation en main et téléphone à ses connaissances. Pas plus de succès. Il nous explique alors que c’est la pleine saison des vacances et que comme la Toscane est une région peu chère par rapport au bord de mer et à la montagne qui se situent à 20 minutes de part et d’autre, ils sont littéralement envahis par les Italiens du Nord.
Nous repartons donc, un peu découragés mais toujours confiants, vers Filetto. Heureusement, par 40°, notre chemin passe par de belles zones ombragées mais le dénivelé est toujours là. Nous essayons de trouver de la place chez les habitants des bourgs traversés mais c’est toujours la même réponse.
Finalement, nous pensons que la solution, c’est de passer la nuit dehors. À Villafranca in Lunigiana, nous reprenons le train pour Santo Stefano di Magra où il y a un Decathlon. Ferdinand veut s’acheter un matelas et moi un tarp. 20 minutes plus tard, nous arrivons dans un magasin complètement vidé de tout matériel de camping. On arrive quand même à trouver un matelas de yoga et une moustiquaire.
Puis nous reprenons le chemin pour Sarzana [petite intrusion en région Ligurie!]. C’est une piste cyclable le long d’un chenal très agréable mais nous commençons sérieusement à fatiguer. Il est 20h. et nous sommes en route depuis 6h30. A Sarzana, toujours même refus dans les hôtels. En désespoir de cause, nous allons frapper à la porte d’une paroisse et là, les choses semblent s’arranger. La personne qui nous accueille prend son téléphone et après maints appels infructueux, nous fait monter dans sa voiture. Il nous emmène avec forces excuses dans un appartement rénové qui sert de banque alimentaire. Il ne nous reste plus qu’à installer nos matelas par terre…
La vie de pèlerin est particulièrement galère cette année!

De Sarzana à Avenza (15km)
On ne devrait pas “pèleriner” les vendredi 13…
Aujourd’hui, samedi, nous sommes partis tranquillement vers 7h. en direction de Massa. Vers 9h nous avons appelé un ostello pour le soir à Avenza: réponse positive. Du coup, on a réitéré pour demain soir à Pietrasanta et ça a aussi marché.
Le chemin nous a semblé beaucoup plus facile d’autant plus que, très fatigués par la journée d’hier, nous avons suivi la très belle piste cyclable le long du chenal. Puis nous sommes arrivés dans la région de Carrare avec les premières sculptures en marbre.
À midi, nous étions devant l’Ostello del pellegrino où nous avons été tout de suite accueillis et installés sans attendre l’ouverture à 16h à cause de la grande chaleur. Nous sommes à un kilomètre de la plage et n’avons pas le courage d’y aller. Ce sera pour demain…

De Avenza à Pietrasanta (24km)
Finalement, nous avons quand même trouvé le courage d’aller à la mer hier soir et bien nous en a pris car…
…ce matin, nous sommes partis à 5 heures par le bord de mer. J’avais préparé mon maillot de bain mais quelle déception! Massa est une station balnéaire surpeuplée, enlaidie par des kilomètres de camping, l’accès à la mer est confidentiel, les plagistes occupant tout l’espace et la vue sur le front de mer est bouché par les restaurants, cafés et boutiques. Une catastrophe! De plus, à 5h. la fête battait encore son plein dans les bars ouverts. Nous sommes donc bien vite retournés sur la VF qui passe bien tranquillement dans l’arrière-pays. Le chemin est agréable, parfois sauvage avant de longer les marbreries précédant Pietrasanta. C’est une ville étonnante, une ville d’art avec un très beau centre historique, célèbre par ses ateliers très spécialisés dans la réalisation de maquettes de sculptures. Leur présentation à ciel ouvert ne manque pas d’humour…

De Pietrasanta à Valpromaro (19km)
Une belle promenade en soirée dans le centre de Pietrasanta nous a permis de découvrir le musée des maquettes dans l’ancien couvent et l’intérieur de l’église Saint-Augustin. Beaucoup de flâneurs habillés avec recherche, magasins de création de luxe, galeries d’art ouverts jusqu’à minuit. On côtoie un autre monde…
Ce matin, départ en pleine nuit à 4h30. Les rues sont encore bien éclairées. Bientôt, sur notre gauche, un incendie dans les hauteurs détourne notre attention et nous loupons un embranchement. Nous nous sommes retrouvés dans une belle grimpette, à la lampe de poche jusqu’à Monteggioni. Ce petit détour nous a permis de voir tout le bord de mer dans une belle descente sur Camaiore. À 7h, nous sommes arrivés à Camaiore, l’estomac dans les talons et rien pour nous ravitailler, c’est lundi! Finalement, nous avons trouvé une boulangerie ouverte en faisant encore un petit détour.
Après Camaiore, un chemin muletier nous demande un bel effort pour monter jusqu’à Montemagno. Beau panorama puis nous devons suivre la route, véritable autoroute pour cyclistes grimpeurs.
Finalement, à 9h50 nous arrivons à Valpromaro où nous accueillent Rosa et Giorgiana en plein nettoyage des dortoirs. Elles sont hospitalières et on se sent tout de suite bienvenus. Avec sa formule donativo en demi-pension, ce gîte est l’un des premiers créés sur la VF. Les habitants de ce petit village de 200 habitants y tiennent beaucoup et il paraît qu’il y aura une surprise pour nous pèlerins, ce soir… En attendant, nous sommes invités à partager le repas de midi.

De Valpromaro à Lucca (16km)
La surprise était la remise d’une attestation de passage personnalisée à Valpromaro.
Beau lever de soleil au départ de Valpromaro en direction de Lucca. Un petit détour de 2 kilomètres par inattention et en grimpette nous permet d’admirer cette belle région de moyenne montagne émaillée de cyprès et d’oliviers. Mais ce n’est pas très étonnant car les balises peuvent prêter à confusion. Revenus sur la VF, nous longeons le fleuve Serchio qui nous amène à Lucca.
En chemin, nous croisons des Croix de la Passion, caractéristiques de la région, qui peuvent porter le manteau, la palme, la main, l’épée, la bourse d’argent, le coq etc…
Nous arrivons à Lucca en contrebas du mur d’enceinte qui entoure tout le centre historique sur environ six kilomètres et qui est aménagé en belle grande promenade piétonne avec bars, aires de repos et places de jeux. En attendant de pouvoir nous installer, nous laissons nos sacs à dos à l’hébergement et allons visiter cette ville très touristique.

De Lucca à Villa Campanile (24km)
Départ à 5h30 dans un Lucca encore tout endormi. Il fait chaud mais on commence à sentir une petite fraîcheur en sortant de la ville. Rien de bien folichon aujourd’hui: terrain plat principalement sur route, traversée de petits villages insignifiants, zone industrielle et son lot de bruits, de mauvaises odeurs et de saleté. Heureusement, nous avons vu deux belles Croix de la Passion et une nouvelle balise pour cavaliers.
En sortant d’Altopascio, la VF suit un sentier ombragé où Ferdinand nous improvise un coin-repas avec la borne-balise et deux planches qui se trouvaient là.
Quelques kilomètres plus loin, nous nous arrêtons à l’épicerie de Villa Campanile pour notre repas du soir et c’est avec bien des difficultés que nous avons trouvé notre hébergement du soir car le numéro était faux…

De Villa Campanile à San Miniato Alto (25km)
Mauvais choix, cet hébergement à Villa Campanile! 40 euros pour un mauvais sofa et un fin matelas par terre, pas d’eau fraîche et aucun accès au réfrigérateur pour déposer notre repas du soir. Ça fait aussi partie du chemin de rencontrer des gens qui ne pensent qu’à gagner de l’argent sans un minimum de sentiment humain. Heureusement, contrairement à ce que je m’attendais, le trajet jusqu’à San Miniato est varié et largement ombragé.
Après un parcours en forêt, on arrive à un tronçon abandonné de l’ancienne voie romaine qui mène à Galleno. Puis on entre dans la forêt de Cerbaïe à l’allure landaise. Le Pont Couvert de Ponte a Cappiano nous amène dans le Marais de Fucecchio. A Fucecchio, on rejoint le Chemin d’Assise signalé par le Tau et que j’ai suivi il y a trois ans. Puis on longe l’Arno et à San Miniato Basso, Ferdinand prend son train pour Florence, tout content de prendre quelques jours de repos.
Je prends la grande montée de San Miniato Alto que je dois redescendre en grande partie de l’autre côté pour rejoindre l’Ospedale dei Pellegrini. Il y a beaucoup de monde, principalement des Italiens, et je me sens un peu isolée et de nouveau mangée par les moustiques.

De San Miniato Alto à Gambassi Terme (23km)
Petite soirée agréable à huit hier, même si j’étais la seule à ne pas parler l’italien couramment. Ce matin, Ignazzio qui est en fait le propriétaire du couvert, nous indique le chemin à prendre pour éviter la grosse remontée de 500 mètres jusqu’à la VF.
J’étais la première à partir, à 6h30, dans une campagne noyée dans la brume. C’est une étape en dents de scie qui se termine par un beau dénivelé positif de 250 mètres sur trois kilomètres. On marche d’abord sur la route, assez tranquille à cette heure-là, puis sur des sentiers sablonneux et des chemins en terre, ces fameuses sterrata où circulent aussi les voitures en vous couvrant de poussière. Je retrouve avec bonheur les beaux vallons de Toscane dans les environs de Gambassi Terme. Je rencontre pas mal de pèlerins, une bonne quinzaine, dont un couple français qui suit le Chemin d’Assise et une Autrichienne, Monika. Coïncidence? Les deux Français galèrent aussi pour trouver des hébergements, alors qu’ils ont pris des notes sur un site, devinez lequel! En fait, par suite du Covid, pratiquement tous les endroits où je me suis arrêtée il y a trois ans sont fermés.
Arrivés sous un soleil écrasant, à l’Ostello Sigerico peu avant Gambassi Terme, nous faisons notre lessive en attendant l’ouverture à 15 heures. Par chance, Monika peut aussi avoir une place et dormira également demain soir à Colle Val d’Elsa. Pour la suite, je suis toujours aussi irrésolue.
Pour l’instant, je profite de cette halte à l’Ostello Sigerico qui est aussi accueillant que dans mon souvenir. Relax…

De Gambassi Terme à Colle di Val d’Elsa (28km)
Départ un peu saccadé ce samedi matin: Monika pas prête, café bouillant, oubli de mon bâton à la boulangerie… En contrepartie, magnifique lever de soleil dans un paysage embrumé. Chemin tout en montée et descente épuisantes mais dans des paysages à couper le souffle. On ne se lasse pas de toutes ces rotondités ornées de vignes, d’oliviers, de cyprès et de belles demeures toscanes reliés entre elles par des sterratas toutes blanches.
À Pancole, la crèche est toujours là et peu après la silhouette de San Gimignano se profile au loin.
Bien qu’il ne soit que dix heures, ce centre historique du XIIIe siècle grouille déjà de touristes. L’accueil dans les commerces nous est plutôt hostile alors que ce lieu doit sa prospérité à la Voie Francigena qui parcourt depuis des siècles la ligne de crêtes entre le Valdelsa et le Val d’Egola. Après une visite éclair pour Monika ( je suis restée seule sur la place pour garder les sacs à dos), nous laissons San Gimignano derrière nous sans regret.
Normalement, c’est la fin de l’étape, la suivante devant nous mener à Monteriggioni. Il existe une variante, suivie par le Chemin d’Assise, que je n’avais pas prise il y a trois ans car je voulais voir Sienne. Elle passe par Colle Val d’Elsa où nous devons passer la nuit. Nous sommes dans la région du Chianti. Le vert ordonné du vignoble contraste avec la couleur sienne des champs desséchés et la blancheur poussiéreuse des sterratas.
Avant la bifurcation entre les deux voies, nous nous arrêtons à un bar bien improbable et fort sympathique où j’essaie le coca italien à base d’agrumes avec un arrière-goût amer de Pellegrino. Le barman nous fait miroiter l’existence d’une cascade où on peut se baigner moyennant un petit détour. Nous nous laissons tenter. Malheureusement elle est restée cachée et nous avons dû rejoindre notre VF par un cheminement de fortune grâce à l’application.
Nous arrivons quand même vers 16h30 au Convento di San Francesco, tout ébahies de l’étendue de ce que je pensais n’être qu’un passage vaguement habité entre deux hauteurs. C’est en fait un gros bourg médiéval tout en longueur qui doit aussi sa prospérité à la Via Francigena et qui n’a rien à envier à San Gimignano.
Accueil minimaliste au Convento: remise d’une clé, accompagnement au dortoir, tampon sur la crédenciale et paiement. Ça n’entame pas notre bonne humeur: ce soir c’est visite de la ville et dégustation de Chianti sur les marches du couvent!

De Colle di Val d’Elsa à Sienne (36km)
Ce dimanche, nous quittons notre couvent pour emprunter les rues désertes de Colle Val d’Elsa, le ventre vide. Pas de possibilité de petit déjeuner, ce sont les vacances en Italie et tout est fermé. Nous marchons longtemps dans la petite banlieue puis en campagne.
Heureusement, tout pèlerin qui se respecte a toujours des petites ressources dans son sac à dos et au bout d’une bonne heure, nous nous asseyons au bord du chemin pour grignoter. C’est seulement à quatre kilomètres du but de notre étape, à Strove, que nous trouvons un café ouvert.
Nous arrivons à Abadia a Isola, là où nous devons passer la nuit, à 10 heures du matin. Pas question d’attendre l’ouverture de l’auberge à 14h30 dans ce hameau perdu. Nous prévenons donc que nous continuons notre chemin.
Quatre kilomètres plus loin, après être passées par de beaux champs à la terre brun-rouge et une petite forêt, nous gravissons la pente raide de Monteriggioni. Je garde les sacs pendant que Monika fait son petit tour et après une demi-heure de repos, nous décidons de tenter notre chance et d’avancer sur Sienne. Le chemin est agréable, parfois accidenté, ombragé, il fait encore très chaud mais il y a de temps en temps un petit coup de vent.
Pas d’habitation. C’est alors que je me souviens qu’il y a dans le coin une pause-pèlerin à donativo où je m’étais reposée il y a trois ans. Effectivement, vers 14h30, nous arrivons à La Villa. L’endroit est toujours là mais désert alors qu’il y avait tant de vie. On nous ouvre cependant le portail électrique (nouveauté incongrue) et je retrouve mes souvenirs.
Après nous être restaurées d’une belle assiette de légumes du jardin, nous demandons de l’aide pour la nuit. Ce sera à Sienne, 16 kilomètres plus loin chez Leopoldo qui tient un petit hôtel au centre.
Nous revoilà parties pour une deuxième étape relativement agréable jusqu’aux montées rudes, interminables, éreintantes sur asphalte qui rendent l’entrée à Sienne très éprouvante. Après quelques courses dans une supérette ouverte, nous arrivons à 19h. à notre hôtel où, après une bonne douche, nous nous offrons une belle petite dinette.

Le film de l’étape 6
(diaporama automatique)

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